Lettre aux Editions Milan: ce n’est pas la campagne qui est d' »une extrême violence », mais votre livre.

Chères Editions Milan,

Depuis quelques jours il n’est question que de vous sur les réseaux sociaux.

La raison: votre livre « on a chopé la puberté », destiné aux petites filles à partir de 9 ans, serait un concentré de sexisme et de stéréotypes machistes les plus éculés.

Ce weekend, vous avez publié un communiqué indiquant que le livre ne serait pas ré-imprimé, à la suite, et je vous cite « d’une campagne d’une violence extrême sur les réseaux sociaux ». Vous dénoncez également l’impossibilité d’ »avoir un débat serein » dans un tel contexte, ce qui vous conduit donc, « dans un souci d’apaisement », à ne pas réimprimer votre livre.

Donc, si on résume, vous avez choisi de ne pas réimprimer « On a chopé la puberté », non pas à cause de son contenu, mais à cause de la mobilisation « d’une extrême violence » et  de « l’interprétation que peuvent avoir les adultes » des « problématiques adolescentes ».

Alors. Comment vous dire?

Votre réponse ne me satisfait pas. Mais alors, pas du tout. Parce que là, ce que vous êtes en train de dire, c’est que, à cause de la mobilisation violente d’une bande d’hystériques accro aux réseaux sociaux, vous retirez de la vente un livre pour enfants qui participe à votre action (je vous cite toujours) « en faveur de l’égalité des sexes dans un esprit laïque, moderne, d’ouverture et de mesure ». En gros, vous dénoncez quasiment la censure. En plus, et ça, c’est quant même sacrément gonflé de votre part, vous en profitez pour faire de la PUB pour ledit bouquin en rappelant l’air de rien qu’il est en rupture de stock (sous-entendu, qu’il s’est très bien vendu, et qu’il a été acheté massivement, avant censure… par des gens intelligents qui eux, comprennent l’humour, le second degré, et les problématiques adolescentes).

Alors juste pour préciser: oui, effectivement, le premier tirage est en rupture de stock parce qu’il fait partie d’une collection, Les Pipelettes, qui jusque-là avait beaucoup de succès. Beaucoup de parents l’ont acheté sans le lire, car ils faisaient confiance à votre maison d’édition et qu’ils ne se rendaient absolument pas compte qu’ils mettaient entre les mains de leur enfant un ramassis de stéréotypes sexistes, visant à inculquer aux petites filles dès leur plus jeune âge la honte de leur corps (je cite le livre: les « mamelons sont disgracieux ») et à en faire des objets sexuels (« grâce à tes seins…, tu as enfin attiré l’attention d’Ethan dont tu étais amoureuse depuis la maternelle »).

milan_4

Heureusement, grâce à cette mobilisation « d’une extrême violence », les parents qui ont innocemment acheté cet ouvrage ont probablement été le récupérer dans la chambre de leur pré-ado pour le mettre directement dans le bac à recyclage.

Donc Editions Milan, quelques commentaires sur votre communiqué:

  • non, ce n’est pas la campagne qui était d’une « extrême violence ». Ce qui est d’une extrême violence, c’est votre livre qui dit aux petites filles que leur corps de femme en formation est disgracieux, que plaire aux garçons est le but ultime dans la vie, que pour ce faire, il faut montrer ses seins et cacher ses fesses si elles ont le malheur d’être grosses, et que les garçons peuvent s’asseoir sur un banc les jambes écartées et interpeller les filles qui passent en disant « waouh, les jolis tétons ».
  • le B-A BA de la comm’ de crise, c’est de reconnaître son erreur. L’erreur est humaine. La nier et insulter les personnes qui ont lancé l’alerte, ce n’est pas une très bonne idée. Visiblement, vous n’avez vraiment rien compris aux réseaux sociaux, et, ce qui est beaucoup plus grave, c’est que, visiblement, vous n’avez toujours pas saisi quel était le problème de votre bouquin toxique, ce qui me fait douter de toute la ligne éditoriale de votre maison d’édition.

Alors, à cause de tout ça, Editions Milan, je m’interroge. Parce que mes enfants sont abonnées à Wakou et Wapiti, que vous publiez également. Cautionner un éditeur qui ne voit pas en quoi ce type de contenu est toxique pour les enfants (et pour les adultes, d’ailleurs), ça ne me plaît pas du tout.

Pour me rassurer, je me dis que véhiculer des messages pernicieux à travers de photos sur la vie des bébés pandas, c’est un peu plus compliqué, et que je n’ai peut être pas besoin de désabonner mes enfants de Wakou tout de suite. Je peux juste attendre que leurs abonnements expirent pour ne pas les renouveler.

Pour conclure, Editions Milan, je me répète: non, la campagne sur les réseaux n’était pas « d’une extrême violence », c’est votre livre qui l’est.

Et quand on publie des horreurs pareilles, la moindre des choses, c’est 1/ de s’excuser, 2/ d’identifier comment une telle publication a pu arriver au stade de l’impression sans que personne en interne ne lance l’alerte et 3/ mettre en place des mesures pour que cela ne se reproduise pas.

Bien à vous,

Signé: une personne qui a relayé la campagne « d’une extrême violence » sur son blog et sa page Facebook et qui en est fière.

milan_2

PS: eh, Editions Milan, la BD du haut de la page? C’est du harcèlement. Et la solution, ce n’est pas de dire à nos filles de « superposer deux débardeurs » ou de porter son sac sur le devant. Honte à vous.

PPS: la réponse de Milan est ici sur leur page Facebook. Revoyez votre comm’ de crise, Milan, c’est pas au point.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s