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Aucune idée, demande à Google

Les enfants, ça pose beaucoup de questions. Quand ils sont petits, ça va encore: dis, maman, ça pousse comment, les pâtes? Dis maman, comment on fait le chocolat?… Mais ça se corse très vite. Dis maman, pourquoi le ciel est bleu?

Et quand ils grandissent, ça devient vraiment très compliqué. Dis maman, pourquoi il y a une guerre en Syrie? Et pourquoi Donald Trump il a été élu alors que tout le monde sait qu’il est fou?

Alors je ne sais pas comment faisaient les parents avant, mais heureusement, aujourd’hui, il y a Google.

Et Google sait tout. Ou presque.

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J’ai visionné une conférence TED récemment, intitulée « Comment Amazon, Apple, Facebook et Google manipulent nos émotions » (en anglais avec sous-titrage possible en français).  Selon le conférencier, Google était notre nouveau dieu. Nous lui disons tout, nous lui confions  toutes nos interrogations les plus intimes. Le conférencier nous demandait de faire mentalement une liste de toutes les questions que l’on a posées à Google, et d’imaginer un instant que cette liste soit rendue publique. Gloups. Selon  lui, une question sur quatre qui est posée à Google n’a jamais été posée auparavant! Vous imaginez? Une question sur quatre…

Et forcément, avec les smartphones, c’est devenu encore pire. Une question? Hop, je dégaine mon smartphone. C’est à se demander pourquoi on a un cerveau, finalement.

C’est en entendant ma fille de 8 ans me dire de plus en plus souvent « demande à Google » que j’ai pris ma bonne résolution numéro 2. (La numéro une, c’est celle qui consiste à ne plus acheter des vêtements de manière compulsive parce que ça détruit la planète, comme très bien expliqué dans cet excellent article de Slate. Et croyez moi, ne plus acheter de fringues, pour moi, c’est vraiment DUR.)

Ma bonne résolution numéro 2, c’est donc de ne plus consulter Google (et internet) au moindre prétexte, dès que je me pose une question. Parce qu’il y a d’autres moyens de répondre aux questions qu’on se pose: les livres (oh!!!), les amis (qui vont regarder sur Google), la discussion (sans Google) et puis surtout, bien souvent, c’est bien aussi de ne pas savoir, de se dire qu’en réalité, on s’en contrefiche, de savoir le nom du film où l’on a vu cet acteur mexicain, le grand brun, là, celui qui avait un second rôle dans le film avec l’actrice qui était mariée à……….Stop! On ne sait pas, on ne s’en souvient plus, et en réalité, si on y réfléchit bien, on s’en fiche.

Je me demande si j’arriverai à tenir longtemps.Je me demande quel est le pourcentage de personnes qui arrivent à se passer de Google et d’internet dans leur vie quotidienne? 0%? 1%? 4%? Aucune idée. Et si je demandais à…

Oops.

C’est pas gagné 😀

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Lettre aux Editions Milan: ce n’est pas la campagne qui est d' »une extrême violence », mais votre livre.

Chères Editions Milan,

Depuis quelques jours il n’est question que de vous sur les réseaux sociaux.

La raison: votre livre « on a chopé la puberté », destiné aux petites filles à partir de 9 ans, serait un concentré de sexisme et de stéréotypes machistes les plus éculés.

Ce weekend, vous avez publié un communiqué indiquant que le livre ne serait pas ré-imprimé, à la suite, et je vous cite « d’une campagne d’une violence extrême sur les réseaux sociaux ». Vous dénoncez également l’impossibilité d’ »avoir un débat serein » dans un tel contexte, ce qui vous conduit donc, « dans un souci d’apaisement », à ne pas réimprimer votre livre.

Donc, si on résume, vous avez choisi de ne pas réimprimer « On a chopé la puberté », non pas à cause de son contenu, mais à cause de la mobilisation « d’une extrême violence » et  de « l’interprétation que peuvent avoir les adultes » des « problématiques adolescentes ».

Alors. Comment vous dire?

Votre réponse ne me satisfait pas. Mais alors, pas du tout. Parce que là, ce que vous êtes en train de dire, c’est que, à cause de la mobilisation violente d’une bande d’hystériques accro aux réseaux sociaux, vous retirez de la vente un livre pour enfants qui participe à votre action (je vous cite toujours) « en faveur de l’égalité des sexes dans un esprit laïque, moderne, d’ouverture et de mesure ». En gros, vous dénoncez quasiment la censure. En plus, et ça, c’est quant même sacrément gonflé de votre part, vous en profitez pour faire de la PUB pour ledit bouquin en rappelant l’air de rien qu’il est en rupture de stock (sous-entendu, qu’il s’est très bien vendu, et qu’il a été acheté massivement, avant censure… par des gens intelligents qui eux, comprennent l’humour, le second degré, et les problématiques adolescentes).

Alors juste pour préciser: oui, effectivement, le premier tirage est en rupture de stock parce qu’il fait partie d’une collection, Les Pipelettes, qui jusque-là avait beaucoup de succès. Beaucoup de parents l’ont acheté sans le lire, car ils faisaient confiance à votre maison d’édition et qu’ils ne se rendaient absolument pas compte qu’ils mettaient entre les mains de leur enfant un ramassis de stéréotypes sexistes, visant à inculquer aux petites filles dès leur plus jeune âge la honte de leur corps (je cite le livre: les « mamelons sont disgracieux ») et à en faire des objets sexuels (« grâce à tes seins…, tu as enfin attiré l’attention d’Ethan dont tu étais amoureuse depuis la maternelle »).

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Heureusement, grâce à cette mobilisation « d’une extrême violence », les parents qui ont innocemment acheté cet ouvrage ont probablement été le récupérer dans la chambre de leur pré-ado pour le mettre directement dans le bac à recyclage.

Donc Editions Milan, quelques commentaires sur votre communiqué:

  • non, ce n’est pas la campagne qui était d’une « extrême violence ». Ce qui est d’une extrême violence, c’est votre livre qui dit aux petites filles que leur corps de femme en formation est disgracieux, que plaire aux garçons est le but ultime dans la vie, que pour ce faire, il faut montrer ses seins et cacher ses fesses si elles ont le malheur d’être grosses, et que les garçons peuvent s’asseoir sur un banc les jambes écartées et interpeller les filles qui passent en disant « waouh, les jolis tétons ».
  • le B-A BA de la comm’ de crise, c’est de reconnaître son erreur. L’erreur est humaine. La nier et insulter les personnes qui ont lancé l’alerte, ce n’est pas une très bonne idée. Visiblement, vous n’avez vraiment rien compris aux réseaux sociaux, et, ce qui est beaucoup plus grave, c’est que, visiblement, vous n’avez toujours pas saisi quel était le problème de votre bouquin toxique, ce qui me fait douter de toute la ligne éditoriale de votre maison d’édition.

Alors, à cause de tout ça, Editions Milan, je m’interroge. Parce que mes enfants sont abonnées à Wakou et Wapiti, que vous publiez également. Cautionner un éditeur qui ne voit pas en quoi ce type de contenu est toxique pour les enfants (et pour les adultes, d’ailleurs), ça ne me plaît pas du tout.

Pour me rassurer, je me dis que véhiculer des messages pernicieux à travers de photos sur la vie des bébés pandas, c’est un peu plus compliqué, et que je n’ai peut être pas besoin de désabonner mes enfants de Wakou tout de suite. Je peux juste attendre que leurs abonnements expirent pour ne pas les renouveler.

Pour conclure, Editions Milan, je me répète: non, la campagne sur les réseaux n’était pas « d’une extrême violence », c’est votre livre qui l’est.

Et quand on publie des horreurs pareilles, la moindre des choses, c’est 1/ de s’excuser, 2/ d’identifier comment une telle publication a pu arriver au stade de l’impression sans que personne en interne ne lance l’alerte et 3/ mettre en place des mesures pour que cela ne se reproduise pas.

Bien à vous,

Signé: une personne qui a relayé la campagne « d’une extrême violence » sur son blog et sa page Facebook et qui en est fière.

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PS: eh, Editions Milan, la BD du haut de la page? C’est du harcèlement. Et la solution, ce n’est pas de dire à nos filles de « superposer deux débardeurs » ou de porter son sac sur le devant. Honte à vous.

PPS: la réponse de Milan est ici sur leur page Facebook. Revoyez votre comm’ de crise, Milan, c’est pas au point.

« On a chopé la puberté », le livre qui explique comment plaire aux garçons en montrant ses seins, à partir de 9 ans, aux Editions Milan.

Ce week-end, comme pas mal de monde, j’ai découvert le bouquin « on a chopé la puberté » des éditions Milan sur les réseaux sociaux.

Destiné aux pré-ados, ce bouquin leur donne des conseils « second degré » pour aborder toutes les joies de la puberté, acné, pilosité, seins qui poussent…

On y apprend par exemple que lorsque les seins d’une fille commencent à apparaître, OK, ça peut être un peu embarrassant, mais que c’est quand même super cool parce que ça permet d’attirer l’attention des garçons. Et attirer l’attention des garçons, on le sait, c’est LE but ultime de toutes les pré-ados. Et de toutes les femmes, d’ailleurs. Si montrer ses seins ne suffit pas, on peut aussi compléter en mettant des hauts talons et du maquillage, mais il faut éviter les jeans trop serrés si on a de grosses fesses.

Les Editions Milan et les trois auteures ont réagi à la polémique en disant que ce bouquin était second degré, qu’il présentait différents points de vue, que les images diffusées étaient tirées de leur contexte, etc.

Comme jusqu’ici j’aimais bien les éditions Milan (qui éditent, entre autres, les magazine Wapiti et Wakou auxquels mes enfants sont abonnées), je suis allée feuilleté le bouquin à la librairie à côté de chez moi. Et je suis atterrée à la fois par le bouquin lui-même et par la réponse des éditions Milan que je trouve totalement inadéquate.

Petite analyse de texte, sur la base de cette page, l’une des plus diffusées sur les réseaux sociaux, on (ne) se demande (pas) pourquoi…

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Dans la BD, on voit une toute jeune fille qui passe devant un garçon du même âge. Le garçon, affalé sur le banc, les jambes écartées, regarde la fille passer et lui fait une remarque sur… ses tétons (« waouh, les jolis tétons »).

Oui. A l’heure du #metoo et de la condamnation croissante du harcèlement de rue, on met entre les mains d’enfants de 11 ans des BD qui disent que oui, c’est acceptable qu’un gamin s’affale sur un banc les jambes écartées pour commenter à voix haute la poitrine des filles qui passent.

Et la solution proposée par ce manuel à la jeune fille de 11 ans et ses mamelons « pas très gracieux »? (je cite le texte sous la BD, vous avez lu? Les tétons, c’est disgracieux. On aurait pu penser que ce qui était disgracieux, ce sont les garçons qui s’assoient sur les bancs les jambes écartées pour commenter à voix haute l’anatomie des filles, mais ça, visiblement, ça ne pose pas de problème.)

A votre avis, donc, quelle est la solution préconisée par les éditions Milan?

Moi, j’aurais imaginé quelque chose du genre coup de pied dans la tronche dans la dernière case de la BD, avec débauche visuelle de ZAP/BAM/ DANS TA FACE ESPECE DE PORC, ON PARLE PAS AUX FILLES COMME CA. Ou, vu qu’il s’agit d’un livre présenté comme un manuel éducatif, un débat sur comment réformer notre société qui permet à certains garçons de penser qu’il est acceptable de traiter les filles comme des objets sexuels.

J’ai tout faux.

En fait, il faut cacher ses tétons en empilant deux débardeurs.

D’un autre côté, c’est vraiment pas facile d’être une fille, parce que donc, j’ai bien compris qu’il fallait que je planque mes tétons disgracieux, mais alors, comment je fais pour faire paraître mes seins plus gros?

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Alors si vous aussi vous trouvez que ce torchon est à vomir, n’hésitez pas à signer la pétition sur Change.org. Parce que la liberté d’expression et le second degré, c’est bien joli, mais quand ça sert à perpétuer les pires clichés sexistes auprès des 9- 11 ans, c’est non.

Et comme Milan n’a pas l’air de voir le problème et a l’air de vouloir continuer à vendre ce torchon, je leur ai gracieusement créé un joli bandeau inspiré des prix littéraires, pour assumer jusqu’au bout. Au moins comme ça, les choses seront claires… Et moi, second degré ou pas, je ne l’achèterai pas… Et vous?

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